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Musique

La musique traditionnelle occupe toujours une place importante. Dans l'Ouest, musulman, un style particulier s'est développé: il mêle au chant les instruments à vent (flûtes aigrelettes ou trompes allongées à son unique). Dans le Sud, les Saras utilisent tambours, sifflets, koundou ou balafon, harpes. Une musique sahélienne, alliant instruments traditionnels et instruments électriques, connaît un succès grandissant avec les groupes pop African Melody et International Challal.


La machine à broyer les cultures est en marche;
qui de celles-ci ou de la Macdonalisation l'emportera ?

Nous avons la chance inouïe de vivre à une 

époque où toutes les strates du développement

  des civilisations existent simultanément sur

  la terre et de pouvoir contempler la richesse !

La musique traditionnelle en est une, vivante, héritée du fond des âges et en perpétuelle mutation. Elle est attachée aux actes civils et religieux de la vie quotidienne, au travail, à la fête, à la vie à la mort.



Ses acteurs, les musiciens et les chanteurs, détiennent leur savoir de la longue chaîne de l'oralité. Au cours des âges, ils se sont ingéniés à fabriquer des instruments de musique de toutes formes produisant les sonorités les plus inattendues et à développer tant de façons de chanter qu'une vie entière ne suffirait pas à les embrasser.

"Musiciens et chanteurs

du monde entier, continuez 

à faire vivre cette parole

 léguée par vos ancêtres !"

La musique est une matière volatile. Passé l'instant où elle est créée, le silence reprend corps.
La musique traditionnelle, transmise oralement de génération en génération, est la première victime de cette propriété. Chaque jour brûlent des milliers de "bibliothèques vivantes" emportant à jamais des secrets et des savoir-faire millénaires. Aujourd'hui, à l'heure où la mondialisation de l'économie est en marche au détriment des cultures traditionnelles, certaines formes musicales ne sont plus pratiquées, voire simplement connues, que par une seule et unique personne. Nous vivons le plus grand "génocide culturel" de tous les temps.

Sauvegarder ce patrimoine volatile en parcourant le monde, tel est l'objectif.

La rapide mutation des modes de vie et le désintéressement des jeunes générations pour leurs traditions entraînent une désintégration culturelle et identitaire. La sauvegarde de ce "patrimoine immatériel" qu'est la musique, mais aussi les contes, légendes, mythes ou prières, constitue une passerelle temporelle entre le désintéressement passager d'aujourd'hui et l'inévitable regain d'intérêt de demain. Des peuples cherchent à se raccrocher à des valeurs dont ils ont parfois perdu la trace, à les valoriser, à les faire reconnaître et respecter, afin d'éviter le nivellement et l'assimilation.

Mais dans ce monde où tout s'accélère, les nouvelles conditions matérielles et politiques ne jouent pas en faveur des populations de culture traditionnelle et en particulier des ethnies minoritaires. Celles-ci sont les plus vulnérables et souvent aussi les plus démunies. Les civilisations occidentales, dans leur programme de soutien à ces minorités, se doivent d'aider les populations autochtones à prendre conscience de la valeur de leur patrimoine culturel et à le sauvegarder. C'est une donnée vitale pour l'avenir de l'Humanité.

La démarche de sauvegarde entreprise est simple : protéger sur bande magnétique les informations périssables appartenant au patrimoine immatériel, publier largement le fruit des recherches (Compact-Disc, CD-Rom, livres, conférences, enseignement...) afin de susciter l'intérêt d'autres personnes à poursuivre les recherches, mettre en place des programmes de redynamisation de la pratique de formes musicales et orales dans ou hors contexte traditionnel, motiver des autochtones à prendre en mains leur propre destinée en leur offrant des moyens matériels et financiers. Heureusement tout n'a pas encore disparu, et les générations les plus âgées collaborent avec facilité à ces programmes de sauvegarde.

Dans le déroulement d'une existence humaine, objectif et moyen se confondent parfois.
Rencontre-t-on des Hommes pour sauvegarder leur musique ou sauvegarde-t-on la musique pour rencontrer des Hommes ? Ainsi se confrontent chaque jour ces deux idées antagonistes qui cohabitent parfaitement sans que l'absence de réponse ne perturbe quoi que ce soit. La motivation est avant tout humaniste.

La musique permet de partager l'intimité de la vie quotidienne de tout un chacun dans le monde. Au delà de la mission, c'est un immense réseau d'amitiés qui se tisse au fil des années.
En effet, l'enregistrement des musiques nécessite une négociation préalable au cours de laquelle les protagonistes apprennent à se connaître. Intervient ensuite l'enregistrement proprement dit, le seul capable de rompre la volatilité de la matière musicale, suivi de la découverte par les musiciens de la qualité du son numérique, moment toujours emprunt d'une stupéfaction déliant les esprits et les plus sceptiques. Puis vient une partie passionnante : la compréhension et l'écriture; car un document sans informations annexes le rendrait sans intérêt. C'est à ce moment que chacun commence à parler et à se dévoiler. C'est souvent aussi à ce moment qu'il sera décidé de revenir et de poursuivre les investigations, de comprendre plus en profondeur car, bien entendu, tout ne se dit pas la première fois. Il y a les réserves dues à la méfiance, à la pudeur ou encore aux secrets liés aux rites, aux formes musicales ou aux instruments. Il faudra parfois plusieurs années avant d'accéder à la juste information, avant d'avoir l'immense privilège d'assister à tel rite engendrant telle musique.

Les musiciens traditionnels vivent leur culture sans la verbaliser, ne pouvant souvent expliquer ce qui constitue pour eux une seconde nature. La réussite du travail naîtra donc de la capacité à comprendre les mentalités et à formuler les questions susceptibles d'apporter les bonnes réponses. Un long travail de patience s'initie, une patience suspendue au fragile fil de l'amitié et du respect de l'intimité de l'autre. On n'achète ni on ne viole un interdit au risque de porter un grave préjudice à toute la communauté.
Sauvegarder c'est aussi respecter pour prolonger l'existence de ce qui vit...

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